Appel à communications: “Théâtre et société en Suisse romande (1750-1939)”

Théâtre et société en Suisse romande de la fin de l’Ancien Régime à l’entre-deux-guerres (1750-1939) : pratiques et enjeux socio-culturels

Université de Lausanne, Centre des Sciences historiques de la culture

La Grange de Dorigny (Unil), 5-6 octobre 2018

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on assiste en Suisse romande à un essor des arts du spectacle : les troupes de comédiens et de chanteurs professionnels en provenance de France se multiplient, des artistes de foire en tous genres se produisent de manière presque ininterrompue ; c’est l’âge d’or du théâtre de société, pratiqué notamment par les élites locales et étrangères. Les premières salles permanentes se construisent sur l’initiative de privés, à Neuchâtel (1769) et à Genève (1783). Le théâtre n’est pas qu’un divertissement, mais aussi un outil pédagogique. Alors que le théâtre d’éducation est volontiers pratiqué au sein des ‘bonnes’ familles protestantes, plusieurs collèges catholiques montent régulièrement des spectacles sur l’impulsion des Jésuites (Fribourg, Jura et Valais).

Si les troubles révolutionnaires marquent un arrêt momentané des représentations publiques, les changements politiques favorisent l’émergence d’un nouveau type de spectacle qui connaîtra un grand succès dans toute la Suisse : les fêtes à caractère patriotique. Les foules se déplacent à Vevey pour assister à la première fête des Vignerons (1797), les bergers d’Unspunnen attirent un large public (1805, 1808). L’exaltation des valeurs suisses débouchera sur divers spectacles commémoratifs. Ils connaissent leur apogée entre 1886 et 1914 avec le succès des Festspiele, de grandes fresques historiques jouées et chantées essentiellement par des amateurs. Nombre d’entre eux se déroulent en Suisse romande : Poème alpestre (Genève 1896), Neuchâtel suisse (Neuchâtel 1898), La Chute de l’Ancienne Confédération (Le Pont 1898), Festival vaudois (Lausanne 1903) ou encore Notre pays (Lausanne 1928). Alors que ces représentations sont généralement jouées en plein air, plusieurs villes de Suisse romande se dotent – toujours sur l’initiative de privés – de salles de spectacle permanentes au cours du XIXe siècle pour accueillir les troupes itinérantes qui sillonnent le territoire (Lausanne 1804, Fribourg 1823, La Chaux-de-Fonds 1837, Vevey 1868, …).

Enfin, dès les années 1860, se créent de nombreuses sociétés de théâtre amateur à Genève, Lausanne, Moudon, Aigle ou encore à Bienne. Très actives pendant l’entre-deux-guerres, elles se fédèrent en 1926 pour créer la Fédération suisse romande des sociétés théâtrales d’amateurs. Les sociétés estudiantines ne sont pas en reste et montent aussi des spectacles. Des initiatives fleurissent au tournant du siècle pour attirer tous les publics au théâtre : « La Muse » propose par exemple, à la fin des années 1890, des représentations populaires à prix réduit. Le Théâtre du Jorat est inauguré au début du XXe siècle, dans le sillage de l’utopie du Théâtre du peuple à Bussang, un théâtre par et pour le peuple.

Ce colloque se fixe pour objectif de mettre en lumière les pratiques et les enjeux socio-culturels du théâtre dramatique et lyrique à une époque où ce divertissement n’est pas encore institutionnalisé. Nombreux sont les fonds d’archives en Suisse romande qui restent encore inexplorés ou mériteraient d’être étudiés avec une approche nouvelle. Les communications, issues d’horizons disciplinaires divers – histoire, histoire de l’art, histoire de la littérature, musicologie –, s’inscriront dans le cadre des orientations suivantes :

  1. Circulation des troupes et réception. Il s’agira de se questionner sur les réseaux artistiques qui se développent à travers les siècles, sur les différentes instances impliquées dans l’accueil des troupes, sur le public qui fréquentait ces spectacles, sur les interactions entre les spectateurs et les artistes de passage, sur les moyens mis en œuvre pour attirer les différents publics (programmation, presse, affiches, prix d’entrée, etc.). Enfin, la réception diffère-t-elle selon l’orientation religieuse des cantons ?
  2. Fonctions sociales du théâtre. Dès le XVIIIe siècle, les spectacles font l’objet d’un contrôle étroit et constant de la part des autorités politiques et religieuses, marquant bien l’impact important de ce divertissement au sein de la société. Alors que le théâtre professionnel est un art itinérant en rupture par rapport à la cité, le théâtre amateur s’inscrit intimement dans le tissu social de celle-ci. Public ou privé, le théâtre participe à l’entretien des valeurs et des codes communs. Comment évolue-t-il en fonction des époques, des lieux et des groupes sociaux qui s’y adonnent, que ce soit pour se divertir ou dans un but pédagogique ?
  3. Enjeux symboliques et identitaires. En mettant en scène des personnages plus ou moins légendaires tirés de l’Ancien Régime et d’époques antérieures (le major Davel, Charles le Téméraire, la reine Berthe, Julia Alpinula, etc.), les Festspiele et les diverses fêtes commémoratives ont contribué à la création d’une culture et d’une histoire « helvétique » communes, au moment où les Confédérés se dotent d’une nouvelle constitution. Quels moyens ont été mis en œuvre et quel a été l’impact de ces spectacles destinés à renforcer le sentiment national ?

Les propositions de communications sont à adresser aux organisateurs, Béatrice Lovis (beatrice.lovis@unil.ch) et Olivier Robert (olivier.robert@unil.ch), avant le 15 janvier 2018.
Délai de réponse : début mars 2018.

Les communications de 20 minutes seront suivies d’un temps de discussion. Les propositions comprendront environ 400 mots. Pour l’édition des actes du colloque, les participants voudront bien faire parvenir le texte de leur communication (30’000 signes max.) le 31 octobre 2018 au plus tard.

Comité scientifique : Prof. François Rosset, Prof. François Vallotton, Prof. Valentina Ponzetto, Delphine Vincent, Olivier Robert, Béatrice Lovis.

Adresse de contact : Béatrice Lovis, Centre SHC, Université de Lausanne, Anthropole, bureau 5180, 1015 Lausanne (beatrice.lovis@unil.ch).

Un spectacle à la Grange de Dorigny se tiendra dans la soirée du vendredi 5 octobre 2018.

Ce colloque bénéficie du soutien financier du Centre des Sciences historiques de la culture, de la Section d’Histoire de l’Université de Lausanne et du programme doctoral CUSO « Etudes sur le siècle des Lumières ».

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